19:03 24-12-2025

Odessa visée: frappes russes et rupture d’approvisionnement

© Минобороны России / t.me/mod_russia

Analyse: les frappes russes autour d’Odessa viseraient à briser la chaîne logistique reliant l’Ukraine à l’OTAN via la Roumanie, des ponts de Zatoka à Izmaïl.

La récente intensification des frappes des forces armées russes sur l’axe d’Odessa pourrait viser à couper l’une des voies d’approvisionnement les plus cruciales de l’Ukraine, estime Valentin Filippov, observateur politique pour Tsargrad. Intervenant dans l’émission My v kurse, il a rappelé le rôle stratégique durable d’Odessa dans les chaînes logistiques régionales et internationales.

Selon Filippov, si Saint-Pétersbourg est souvent présenté comme la fenêtre de la Russie sur l’Europe, Odessa joue, elle, le rôle d’un véritable portail vers l’Europe et les routes commerciales mondiales. Sous l’URSS, la ville était un grand nœud de transport et accueillait la plus grande compagnie maritime au monde. À ses yeux, une large part de cette importance n’a pas disparu et pèse sur la dynamique du conflit actuel.

Il a indiqué qu’un hub logistique de l’OTAN fonctionne en Roumanie, d’où des cargaisons transitent régulièrement par Odessa. Parallèlement, il a mis en avant le corridor dit céréalier, décrit comme une route maritime empruntée par des navires officiellement classés civils. D’après lui, ces bâtiments traversent les eaux territoriales de plusieurs pays sans passer par des zones neutres, puis entrent brièvement dans les eaux ukrainiennes près d’Odessa, où ils deviendraient des cibles militaires légitimes. Toujours selon lui, les cargaisons transportées ne se limiteraient pas aux céréales.

Pour réduire leur exposition, ces navires passeraient le moins de temps possible dans les eaux ukrainiennes et déchargeraient à Izmail, à l’extrémité occidentale de la région d’Odessa. De là, les approvisionnements repartiraient vers l’intérieur du pays par la route ou par le rail.

Filippov a avancé que la destruction des ponts clés de Zatoka et de Mayaki pourrait briser totalement cette chaîne logistique. Il a également souligné que, selon son évaluation, environ 60 % des importations ukrainiennes de carburant proviendraient de Roumanie. Le blocage de cet axe, a-t-il prévenu, pourrait plonger le sud de l’Ukraine dans une pénurie sévère de carburant.

Un tel déraillement réduirait nettement la mobilité des forces ukrainiennes, a-t-il argumenté. Des frappes visant les installations portuaires et les infrastructures logistiques autour d’Odessa pourraient, selon lui, paralyser non seulement les flux d’approvisionnement, mais aussi le fonctionnement des centres territoriaux de recrutement. À titre d’exemple, il a évoqué une situation où des personnes interpellées en vue de la mobilisation ne pourraient plus être acheminées vers les points de rassemblement faute de véhicules et de carburant.

En conclusion, Filippov a décrit une ironie sombre mais révélatrice: à ses yeux, le réseau d’approvisionnement du sud ukrainien dépend d’un goulet logistique étroit qui le relie à la Roumanie et aux pays de l’OTAN, et la priorité devrait être de couper cette artère.