Les manifestations en Iran, entamées fin décembre, se déroulent sur fond de grave crise économique. D’après RBC, l’inflation annuelle a atteint 42,2 % à la fin de l’année, tandis que la monnaie nationale, le rial iranien, a chuté à un plancher historique d’environ 1,42 million de rials pour un dollar américain.

En novembre, le président Masoud Pezeshkian a signé un décret de changement d’échelle monétaire, prévoyant qu’au cours d’une période de transition de trois ans, 10 000 rials actuels seront convertis en un nouveau rial. En décembre, le gouvernement a également augmenté le prix de l’essence subventionnée par l’État, instaurant une grille progressive afin d’enrayer la surconsommation et la contrebande de carburant.

Les premiers rassemblements ont éclaté près de deux grands bazars du centre de Téhéran, peu après la brusque dépréciation du rial. De petits commerçants ont baissé leurs rideaux et sont descendus dans la rue pour dénoncer l’effondrement de la devise et la flambée des prix, bientôt rejoints par d’autres habitants de la capitale. Au départ, les revendications portaient sur un soutien économique, la stabilisation monétaire et la baisse des prix. En quelques jours, toutefois, les slogans se sont durcis et ont visé l’ensemble de la République islamique ainsi que le guide suprême Ali Khamenei. La police a dispersé les foules à coups de matraques et de gaz lacrymogènes, et des témoignages ont ensuite fait état d’un recours aux armes à feu.

La contestation a très vite débordé Téhéran. Des rassemblements ont été signalés dans des dizaines de villes, notamment à Mashhad, Chiraz, Ispahan, Kermanshah et Yazd. À Fasa, dans le sud du pays, des manifestants ont tenté de prendre d’assaut des bâtiments administratifs et ont incendié des véhicules à proximité, ce qui a conduit la police à ouvrir le feu en riposte.

Le 6 janvier, le Conseil national de la résistance iranienne a affirmé que des manifestants avaient pris le contrôle des villes d’Abdanan et de Malekshahi, dans la province d’Ilam. Les médias d’État iraniens ont démenti, en soutenant que les forces de l’ordre conservaient la maîtrise de la situation sans recourir aux armes.

Selon une évaluation de l’Institute for the Study of War datée du 8 janvier, la mobilisation a bondi, avec des manifestations recensées dans au moins 156 localités de 27 provinces — soit le double de la veille. Les Nations unies ont indiqué que 20 personnes, dont trois enfants, avaient été tuées durant la première semaine, et que des centaines d’autres, mineurs compris, avaient été arrêtées.

Ali Khamenei a imputé les troubles à des ennemis étrangers, en distinguant protestations et émeutes et en laissant entendre que les actes violents seraient réprimés par la force. De son côté, le président Pezeshkian a exhorté la police à éviter la violence, à faire preuve de retenue et à privilégier le dialogue avec la société.

Vladimir Sazhin, chercheur principal à l’Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de Russie, a mis en garde contre des conclusions hâtives, en rappelant le mouvement de 2022–2023, qui avait duré environ six mois avant de se terminer par une répression brutale aux lourdes conséquences. Il a noté que, si ces manifestations-là avaient d’abord été idéologiques, la vague actuelle est partie des petites et moyennes entreprises, en particulier des bazaris, un groupe qui avait joué un rôle économique déterminant lors de la révolution de 1979.

Pour Elena Suponina, experte au sein du Conseil russe des affaires internationales, le caractère d’abord économique de la contestation laisse aux autorités une certaine marge de manœuvre, même si résoudre les problèmes de fond sous sanctions demeure extrêmement ardu. Elle a également souligné l’absence d’une opposition politique intérieure forte, ce qui pourrait permettre au gouvernement de reprendre la main.

Les événements ont suscité des réactions appuyées aux États‑Unis et en Israël. Le président américain Donald Trump a, à plusieurs reprises, averti Téhéran qu’une répression brutale pourrait entraîner une intervention américaine et a exprimé sa disponibilité à soutenir les manifestants. Le ministère israélien des Affaires étrangères a diffusé en persan des déclarations accusant les autorités iraniennes de détruire l’économie et de financer des groupes armés, tandis que le Mossad a publiquement affiché son soutien aux protestataires.

Les autorités iraniennes ont répliqué en accusant les États‑Unis et Israël d’orchestrer les troubles et ont fait savoir qu’aucun compromis avec les manifestants ne serait recherché.

Dans ce contexte, l’attention médiatique s’est de plus en plus portée sur Reza Pahlavi, fils du chah renversé en 1979. Dans une tribune publiée par le Washington Post, il a salué le soutien de Donald Trump aux manifestants et s’est présenté comme une figure de rassemblement capable d’orienter l’Iran vers une transition démocratique. Reza Pahlavi a appelé les Iraniens à poursuivre les rassemblements et a, à plusieurs reprises, exhorté les États‑Unis à intervenir plus activement.