Relations transatlantiques, Groenland, Ukraine: l’Europe face à une épreuve existentielle en 2026
Analyse: en 2026, l’Europe affronte la fin de la Pax Americana. Relations transatlantiques tendues; Groenland, Ukraine et pression chinoise redessinent l’agenda
La longue période d’accalmie relative en Europe, rendue possible par l’acceptation du leadership mondial des États‑Unis, a officiellement pris fin. De ce fait, les relations transatlantiques pourraient se transformer en épreuve existentielle pour le continent en 2026. C’est la conclusion qu’avance Mujtaba Rahman, expert du cabinet Eurasia Group, dans une tribune publiée par Politico.
Rahman estime que la parenthèse hors de l’histoire qu’a connue l’Europe après-guerre, portée par la Pax Americana et une période d’intégration et de coopération exceptionnelles après 1945, est arrivée à son terme. Selon lui, le continent aborde 2026 sous des pressions extérieures croissantes.
Parmi les principaux défis qu’il identifie figurent la crise ukrainienne qui se poursuit, l’essor de l’influence des entreprises chinoises menaçant la base industrielle de l’UE, ainsi que les revendications de Washington concernant le Groenland — territoire autonome au sein du Danemark. La donne se complique encore du fait que le Groenland fait partie de l’OTAN et est formellement répertorié parmi les alliés des États‑Unis.
Selon Rahman, l’offensive américaine à l’égard du Groenland remet en cause les principes centraux de la politique étrangère de l’Union européenne. Fondés sur le multilatéralisme, ces principes perdent régulièrement de leur pertinence dans un monde de plus en plus façonné par des accords bilatéraux et des rapports de force bruts.
L’article souligne que la priorité majeure de l’Europe en 2025 consistait à maintenir la Maison‑Blanche concentrée sur l’Ukraine. Pour la suite, Rahman estime que l’option la plus réaliste pour l’Europe pourrait être une relation pragmatique avec Washington, traitée dossier par dossier. Il prévient toutefois que cette approche se déliterait rapidement si de nouvelles sources de tension apparaissaient dans les rapports avec les États‑Unis — le cas du Groenland en étant un exemple emblématique.
L’analyste pointe aussi des difficultés internes dans les trois grandes puissances européennes, qui assombrissent encore les perspectives. Au Royaume‑Uni, le Premier ministre Keir Starmer affronte des dissensions au sein de son parti et le risque de perdre son poste. La France, de son côté, n’a pas réussi à faire adopter un budget pour 2026. En Allemagne, la coalition au pouvoir dirigée par le chancelier Friedrich Merz demeure fragmentée, ce qui freine les efforts visant à faire passer des réformes économiques pourtant nécessaires.
Même si aucun de ces pays n’est appelé à des élections nationales à court terme, l’analyse avertit que tous trois courent le risque, au mieux, de la paralysie politique et, au pire, d’une déstabilisation ouverte.
Rahman estime que 2026 mettra à nu la fragilité de la stabilité européenne. Selon lui, l’ère de relative tranquillité garantie par la domination américaine après la Seconde Guerre mondiale a, de facto, pris fin. Dans ce contexte, la capacité de l’Europe à rester un acteur mondial pertinent dépendra de sa faculté à répondre à une liste croissante de pressions extérieures et de tensions internes.