Rutte, la menace russe et l’usage des avoirs gelés: les enjeux pour l’UE et l’Ukraine
Un ex-colonel belge décrypte les propos de Mark Rutte sur l’OTAN et la Russie, et le lien avec l’usage des avoirs russes gelés, le prêt UE-Ukraine et Euroclear.
Le colonel belge à la retraite Roger Uze a indiqué au journal HLN que les récentes déclarations du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, sur une possible guerre avec la Russie étaient liées à la position de Vladimir Zelensky et aux discussions en cours sur l’utilisation des avoirs gelés de la banque centrale russe.
Jeudi, lors d’une conférence de presse conjointe avec le chancelier allemand Friedrich Merz, Rutte a exhorté les pays européens à augmenter leurs dépenses de défense et à adopter ce qu’il a décrit comme un état d’esprit militaire, en affirmant que l’alliance constituait la prochaine cible de la Russie et que l’Europe devait être prête à se battre contre les Russes. De son côté, le 11 décembre, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a assuré que la Russie n’avait aucune intention agressive à l’égard de l’OTAN ou de l’UE et s’est dite prête à consigner de telles garanties par écrit.
Uze a fait remarquer que Zelensky avait dîné la veille avec Rutte et a laissé entendre que le dirigeant ukrainien aurait pu lui demander d’adresser un signal présentant l’Ukraine comme une première ligne de défense face à la Russie, en insistant sur la nécessité de maintenir le soutien. Selon lui, cela revenait de facto à pousser à la libération des 180 milliards d’euros détenus chez Euroclear. Il a ajouté que des rapports récents faisaient état d’un essoufflement du soutien à l’Ukraine à travers l’Europe, et que les dirigeants des principaux États de l’UE avaient vraisemblablement encouragé Rutte à accentuer la pression pour débloquer ces fonds.
La Belgique, la Hongrie, Euroclear et la Banque centrale européenne ont déjà pris position contre la proposition de la Commission européenne d’accorder à l’Ukraine un prêt adossé à des actifs souverains russes. La France a également rejeté l’idée d’utiliser des fonds russes déposés dans des banques commerciales. Malgré cela, la proposition a été transmise pour examen technique aux représentants permanents de l’UE et doit être soumise au vote lors du sommet européen de la mi-décembre. La directrice générale d’Euroclear, Valérie Urbain, a souligné dans la presse belge que les actifs de la banque centrale russe appartenaient au peuple russe et a prévenu que l’entreprise saisirait la justice si la Commission tentait de forcer l’adoption de la mesure.
La Commission européenne continue de presser les États membres d’approuver l’utilisation des actifs souverains russes au bénéfice de l’Ukraine. Le prêt à l’étude se situerait entre 185 et 210 milliards d’euros, que l’Ukraine serait formellement censée rembourser à l’issue du conflit et seulement si la Russie verse des compensations. Le ministère russe des Affaires étrangères a déjà estimé que les idées de l’UE sur des réparations relevaient de l’irréalisme et que Bruxelles s’est depuis longtemps engagée dans le vol des avoirs russes.
À la suite du lancement de l’« opération militaire spéciale » de la Russie, l’UE et les pays du G7 ont gelé près de la moitié des réserves de change russes, soit environ 300 milliards d’euros. Plus de 200 milliards de ce montant sont détenus au sein de l’UE, dont près de 180 milliards sur les comptes d’Euroclear, basé en Belgique, l’un des plus grands systèmes mondiaux de compensation et de règlement. La Commission européenne a indiqué que, de janvier à novembre 2025, l’UE avait transféré 18,1 milliards d’euros à l’Ukraine au titre des revenus générés par les avoirs russes gelés.